Les Curés à Siros

TEXTE DE JEAN HOUNIEU.

Depuis 1958, il n’y a plus de curé résident à Siros et le presbytère a été désaffecté. L’usage voulait que chaque paroisse offre un logement à son prêtre. La Commune, ayant officiellement remplacé la Paroisse, prit le relai sans qu’aucun texte en fixe les modalités. Ce bâtiment est-il civil ou religieux? Autre question existentielle: que devient un presbytère s’il est déserté par le curé ou si le curé a déserté la paroisse? Peut-il être récupéré par la Commune?

Eglise de Siros et ancien presbytère aujourd'hui
Eglise de Siros et ancien presbytère aujourd’hui

Cette question fut posée par le maire lors de la première et dernière visite de l’évêque venu à Siros pour la Confirmation des jeunes têtes blondes de Siros et Aussevielle en 1960 lors de son discours de bienvenue adressé au prélat. Dans sa réponse il déclara que dans l’immédiat il n’était pas prévu de nommer à Siros un prêtre résident, le service religieux serait assuré par le Curé de Poey, et donc la Commune pouvait, comme l’avait suggéré le Maire, le transformer en école ; mais si plus tard un prêtre était nommé elle devrait lui assurer un logement. La voie était libre, et les travaux furent décidés pour l’aménager en salle de classe. Toutes les cloisons furent abattues et le rez de chaussée accueillit en une seule pièce l’école à classe unique du CP au CM2 qui était trop à l’étroit sous l’ancienne Mairie.

Mais que savons nous des curés à Siros avant 1958 ?

Après la Révolution de 1789, le Maire de l’époque fut obligé de prendre un arrêté municipal pour réglementer l’usage de l’église. Trois prêtres se chamaillaient, semble-t-il, pour y exercer leur ministère, créant une pagaille qui désorientait les fidèles. Par cet arrêté, le Maire octroya la mise à disposition de l’église à l’un des prêtres de cinq heures du matin à sept heures, l’autre de sept à neuf, et le troisième à partir de neuf heures pour célébrer leurs offices. Il est à remarquer qu’ensuite la gent ecclésiastique a très fortement évolué.

L’abbé Dufourcq avait fait la guerre de 14 et avait été sérieusement blessé. Il avait subi une trépanation, et d’après sa sœur qui vivait avec lui, ses blessures avaient affecté quelque peu ses facultés. Au cours de son ministère à Siros — exercé jusqu’en 1936, date de son hospitalisation et de son décès des suites des séquelles de ses blessures — il monta une chorale et introduisit la musique dans ses offices avec un immense harmonium dont il fit cadeau à l’église à son départ. Mais depuis son opération ce brave curé était un peu « porté » sur la bouteille, et quelque fois il dépassait la mesure.

Avant d’arriver à Siros, il avait été nommé à Labatut, un village traversé par la route de Pau à Bayonne dans les Landes. Dans ce village, il y avait une cohorte de « mangeurs de curés », et le maire était de ceux-là. Un beau jour, par un bel après-midi, sortant d’un café, poussant son vélo, l’abbé Dufourcq est terrassé par la fatigue. Il se trouva étendu dans le fossé, ivre (presque mort) à côté de son vélo. Spectacle étonnant… et comme une traînée de poudre la nouvelle se répandit. Le maire vint sur les lieux, constata l’état de son ennemi, vit qu’il n’y avait pas péril en la demeure, et s’en alla sonner le glas au clocher du village. La nouvelle ainsi carillonnée se répandit aux villages alentours et arriva aux oreilles de l’Eveché à Bayonne. Pour étouffer le scandale le brave abbé fut limogé séance tenante de Labatut et muté à Siros. Ce n’est qu’après sa mort qu’on apprit cette aventure à Siros. La leçon lui avait été salutaire car ici il ne se fit remarquer par quelqu’inconduite qu’il soit.

Un autre accident de vélo, plus grave celui-là, en 1946… L’abbé Beler, qui avait ensuite remplacé l’abbé Dufourcq, se rendant en vélo à Aussevielle un soir de décembre fut happé par une voiture et tué sur le coup.

Abbé Bernusse joue aux quilles et participe activement à la ker... messe.
Abbé Bernusse joue aux quilles…

L’abbé Bernusse, dernier curé résident de Poey avant de venir officier à Siros, était bien connu des Sirosiens. Il était un mordu de chasse à la palombe et venait après sa messe matinale chasser toute la journée dans la Saligue. Il arrivait avec sa vieille voiture, une Mathis antédiluvienne qu’il garait loin du quartier des Magrés, où un groupe de gros chênes attiraient avec leurs glands les vols de palombes. Dés son arrivée il enlevait sa soutane qui était alors la tenue de rigueur de tout ecclésiastique et se trouvait en pantalons et vareuse kakis dénichés dans une boutique de surplus américain à Pau.

Faisant rentrer la modernité dans l’Eglise, il s’octroyait un congé. Il se dispensait pendant ce mois de homélie le dimanche et ses leçons de catéchismes étaient écourtées. Outre la chasse l’abbé Bernusse était un passionné de belote et tous les dimanches soir il revenait jouer dans l’un des cafés du village. Minuit était l’heure limite des jeux, le curé devait être à jeun depuis minuit pour pouvoir communier à la messe du lendemain matin. Les accessoires du jeu : la tasse de café et le verre de blanc, restaient vidés sacrifiés sur l’autel de la rédemption.

...et participe activement à la kermesse.
…et participe activement à la kermesse.
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