Le Banioû ou le Canal des « Sept » Moulins

TEXTE DE JEAN HOUNIEU.

Le Banioû, c‘était le nom donné au canal des moulins. Ce canal a été creusé à la main au dix septième siècle, la date exacte doit pouvoir être retrouvée aux Archives Départementales mais cela est de peu d’importance car le Banioû est mort. Ce canal prenait son origine sur la rive droite du Gave, un peu en amont de Laroin, en face les deux gros pylônes électriques qui sont à flanc de coteau en bordure de la route qui longe le Gave de Laroin à Jurançon. Sur son parcours le canal alimentait sept moulins, d’où son nom administratif de Canal des Sept Moulins.

Le Canal des Sept Moulins de Lons à Denguin (J. Lartigue 1968)
Le Canal des Sept Moulins de Lons à Denguin (J. Lartigue 1968)

(1) Partant de l’amont le premier des moulins était dit de Roussille. Il se trouvait à l’emplacement actuel de la Brasserie, à côté de l’usine d’incinération de Lescar.

(2) Le deuxième était le moulin Pébaqué-Dailhé. La force hydraulique actionnait aussi une scierie, et avant la guerre de 40 un élevage de truites avait été installé. Les poissons étaient nourris avec des viandes d’animaux récupérées chez un équarrisseur du Hameau de Pau. Déjà le pisciculteur se plaignait de la pollution produite par l’huile des voitures et la gomme des pneus lessivées sur les routes bitumées, la 117 et celle d’Artiguelouve, et déversées dans le canal en amont.

(3) Le moulin suivant était le Batan qui se situe sur le chemin du même nom qui part du feu rouge devant Euralis et se termine en impasse à la station d’épuration de Lescar. Il eut pour propriétaire après la guerre le Médecin-Colonel Lartigue qui fut le « découvreur » de l’hydrocution. Ce moulin ne faisait plus de farine et les abords étaient aménagés en parc privé à chevaux.

Moulin du Batan vu du ciel
Moulin du Batan vu du ciel
Chateau d'Eslayou (Archives Départementales 64)
Chateau d’Eslayou (Archives Départementales 64)

(4) Le moulin le plus important se trouvait à Eslayou, il était propriété du Comte de Béarn, le canal traversait son domaine. Le Comte avec un marchand de grains Fernand Laclau de Pardies et quelques sociétaires créa vers les années 1930 une coopérative boulangère. Fernand Laclau avait été un brillant joueur de rugby, trois-quart centre, coopérateurs à la Section Paloise et fut champion de France avec elle en 1924. Il semble que les usagers ou clients de la boulangerie pour la plupart n’étaient pas des coopérateurs, c’est à dire des sociétaires responsables sur leurs biens en cas de déconfiture. La coopérative avait un large rayon d’action, des tournées dans les villages alentour jusqu’à Montardon avec des camions au gazogène et des voitures à cheval jusqu’à la fin de la guerre. Vers 1948, la coopérative ou le comte semblent avoir loué le fond à un boulanger privé qui tint deux ans, fit faillite semble-t-il. Monsieur Céré qui était ouvrier du précédent reprit l’affaire, déplaça la boulangerie à l’entrée de Siros et ses fils Raymond et André à leur retraite cédèrent le fond à monsieur Marin l’actuel exploitant. Le moulin d’Eslayou était tout à fait indépendant de la boulangerie et avait une grande activité en meunerie dépassant de loin les besoins locaux.

Moulin et Château d'Eslayou vus du ciel
Moulin et Château d’Eslayou vus du ciel
Moulin de Poey
Moulin de Poey (Ruines sur le Chemin de Tucoo)

(5) Plus en aval se trouvait le moulin de Poey, maintenant en ruines. Le dernier meunier Jean-Pierrou faisait sa tournée avec une voiture à cheval pour collecter le grain à moudre, principalement du maïs, et repassait le lendemain pour livrer la farine qui servait pour l’alimentation des cochons et aussi pour faire la « broye » pour les humains. Pendant la guerre tous ces meuniers avaient une activité illicite en ce sens que les paysans venus souvent de villages éloignés qui n’avaient pas la chance d’avoir un moulin à proximité arrivaient de nuit en apportant du blé, denrée très rare et rationnée dont le transport ne pouvait se faire qu’avec un laisser passer valable un temps limite et en plein jour. Le paiement de la mouture se faisait en nature, c’était la « pugnére » qu’on pourrait traduire par la poignée, mais pour être plus près de la réalité, il faudrait mettre poignée au pluriel, La nature faisant bien les choses, le volume de la farine était supérieur à celui du grain malgré le prélèvement.

(6) Passé Poey le canal devenait sirosien depuis la limite entre les deux communes. Mais, cliquez sur l’image ci-dessous pour en savoir plus sur le sixième moulin, le moulin de Siros…

Cliquez sur le moulin
Cliquez sur le moulin

(7) Après Siros le septième moulin était le Moulin de Haut qui se situait à l’entrée de la station d’épuration. Il était sur la commune de Denguin et il n’en reste aucune trace. Pourquoi appeler ce Moulin de Haut alors qu’il est en bas à cap bat? Tout simplement Denguin avait déjà un moulin alimenté pat les eaux de l’Ousse. A la construction du Banioû, on le fit déboucher sur l’Ousse juste en face de la prise du canal alimentant le (8) moulin du Château de Denguin pour en renforcer le débit par un savant jeu d’écluses et de vannes et palier aux méfaits de la sécheresse qui le tarissait. Pour les gens de Denguin le Moulin de Haut était celui en amont du Château, et cette dénomination a été utilisée par tout le monde sans réserve aucune.Voilà en gros l’histoire du Canal des sept moulins qui étaient huit.

Cliquez ici pour la chanson du Canal des Sept Moulins de Loulou Mandère.

Et pour en savoir plus sur le Canal des Sept Moulins, cliquez ici afin d’accéder à la publication de J. Lartigue, « Le Canal des Sept Moulins de Lons à Denguin, » Bulletin de la Société des Sciences, Lettres, et Arts de Pau, 4e Serie, Tome III (Pau: Imprimerie Commerciale des Pyrénées, 1968): 239-48.

Publicités