Le Facteur à Siros

TEXTE DE JEAN HOUNIEU.

De 1930 à 1950 environ, Prosper était le facteur qui, tous les jours sauf le dimanche, faisait la tournée. Le Bureau de Poste était à Lescar, situé dans la haute ville entre la cathédrale et l’école privée tenue par les Religieuses. Prosper faisait sa tournée à pied… et c’était une très grande tournée.

Le Patriote avant L'Eclair
Le Patriote avant L’Eclair

De son départ à la Poste, sa première étape l’amenait à la ferme Lenfant-Lafitte au Pont-Long vers l’aéroport après les transports Fournier. Il redescendait en passant par la Hourquie, la place qui se trouve devant la Gendarmerie, pour rejoindre Siros en empruntant la route de Bayonne en desservant au passage Eslayou, et entrait dans le village par le Cami de Catsus. Il passait devant toutes les maisons. Beaucoup de Sirosiens étaient abonnés au journal, soit Le Patriote soit L’Indépendant. Ces deux journaux changèrent de nom à la Libération. Le Patriote devint L’Eclair. L’Indépendant au lendemain de la guerre devint La 4ème République… jusqu’à la promulgation de la 5éme République en 1958 pour devenir La République tout court. 

Le service postal allait donc à la vitesse du facteur. Prosper distribuait le journal du samedi aux abonnés le mardi et souvent le mercredi suivant. Siros desservi, Prosper continuait sa tournée sur Aussevielle. Il effectuait la levée du courrier à la boîte à lettres plaquée contre le mur à l’entrée du bâtiment qui abritait la mairie, l’école, et le logement de fonction de l’instituteur. Sur le chemin du retour il repassait par Siros pour faire la deuxième levée à la boîte située aussi à la porte d’entrée de l’école et de la mairie. Et de là il regagnait Lescar en fin d’après midi.

Nous recherchons des photos de Prosper.
Nous recherchons des photos de Prosper…

En plus, Prosper avait une double activité; il rempaillait des chaises et il n’était pas rare de le croiser sur les chemins avec une chaise arrimée sur les épaules qu’il emportait pour la réparer et qu’il ramenait réparée après le week-end. Ce n’est pas que la chaise qui lui alourdissait le pas, c’étaient aussi les nombreux verres de vin qu’on lui offrait. Les boîtes individuelles et les cidex, regroupement des boîtes par rues ou îlots de maisons, n’existaient pas. Les lettres étaient remises en main propre, et le journal était laissé sur le portail coincé entre deux barreaux.

On ne recevait pas du courrier tous les jours, et une invitation à lever le coude était proposée de droit à l’arrivée d’une lettre, la refuser aurait été d’une impolitesse extrême. Quelque fois, vers midi il déclinait l’invitation en disant: «Oh non, pas avant de manger!»… «Quoi vous n’avez pas encore diné? Asseyez-vous je vous fais une tranche de jambon…» Prosper était assez rusé pour repasser chez un client du matin en lui ramenant une lettre «oubliée.» Il y avait une période particulièrement difficile, en fin d’année, quand il portait le calendrier des PTT chez tous les usagers. Le retour à Lescar n’était plus dans l’après-midi mais quelque fois à la nuit tombée, les zigzags sur les chemins allongeant d’autant le trajet.

Nous cherchons aussi des photos de Laurent.
… et aussi des photos de Laurent.

Prosper fut remplacé vers les années 50 par Laurent; lui faisait la même tournée mais en vélo. Il ne repassait pas à Siros pour la deuxième levée de courrier. D’Aussevielle, il repartait directement à Lescar. Laurent avait un don: il faisait disparaître les verrues! Si on le contactait au cours de sa tournée, il donnait rendez-vous pour le lendemain où il apportait son «matériel» dans une boîte en bois de la taille d’une grande boîte d’allumettes. Il avait neuf petits bouts de bois ronds de trois ou quatre centimètres de long et d’un diamètre comme celui d’un crayon. Après avoir pris sa retraite, il continuait à rendre ce service. Il fallait prendre rendez-vous et il recevait le lendemain après sa sieste. Cliquez ici pour en savoir plus sur Le Facteur, La Verrue et la Baie des Anges.

À sa retraite Laurent fut remplacé par un facteur à mobylette. Très vite après, les boîtes à lettres obligatoires, puis les cidex, furent mis en place et firent tomber presque dans l’anonymat le chauffeur de la camionnette jaune conduite par le préposé qui avait remplacé le facteur. Il est bien fini le temps où le facteur était invité à manger à midi, les lendemains du pèle-porc, repartant ensuite avec un boudin et deux saucisses faits la veille. Il reste la visite pour le calendrier, hors tournée en fin d’année, mais cette gentille attention est elle aussi en voie de disparition.

Il est à craindre que dans un proche avenir, Internet ne propose aux préposés un virement de poste sans accusé de réception.

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